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Quelle définition donneriez- vous de l'ostéopathie ?
André Bénichou, directeur de la MTM : "Aux États-Unis, l'ostéopathie est pratiquée par les médecins. En France, historiquement, ce sont les kinésithérapeutes qui l'ont étudiée puis adaptée à la kinésithérapie.
Cela constitue une différence fondamentale. Aux États-Unis, l'ostéopathie n'étant pratiquée que par les médecins elle est peu connue des Américains qui conssaissent surtout la chiropraxie et ignorent jusqu'au terme d'ostéopathie.
"Au début, en France, les kinésithérapeutes se sont plutôt tournés vers les techniques chiropratiques, en pratiquant surtout la vertébrothérapie. Puis, progressivement, avec la venue d'Anglais et d'Américains, ils ont connu la vraie pratique ostéopathique, celle de StilI et de Sutherland.
"Cela nous a permis de nous adapter au décret qui interdisait les manipulations aux kinésithérapeutes en évoluant vers la douceur, c'est-a-dire par l'abandon des techniques structurelles avec thrust."
Quelle différence faîtes-vous entre ostéopathie et thérapie manuelle ?
Palrick Fried, enseignant à la MTM : "Il existe, à mon sens, une différence essentielle entre thérapie manuelle et ostéopahie (telle que la conçoivent les Français) : en thérapie manuelle, nous travaillons beaucoup sur les tissus mous. D'autre part, j'insiste énormément sur la douceur prônée par les techniques de Sutherland".
André Bénichou : "Ce qui peut distinguer, en France, ceux qui se font appeler "ostéopathes" des thérapeutes manuels, c'est que politiquement, les premiers ont choisi de se mettre hors la loi et de rejeter la kinésithérapie.
"Les thérapeutes manuels ont utilisé les techniques ostéopathiques américaines et les ont enrichies avec la kinésithérapie.
D'autre part, les thérapeutes manuels sont conscients de leurs limites alors que beaucoup d'ostéopathes présentent l'ostéopathie comme une médecine totale.
"En fait, thérapie manuelle est un terme qui appartient à tout le monde ; cela signifie soigner par les mains. Albert Bénichou, aprés avoir grandement contribué à faire connaître le terme d'ostéopathie en France, a utilisé celui de thérapie manuelle qui existait déjà lorsqu'il a voulu se différencier des ostéopathes, qui rejetaient la kinésithérapie. Mais il a souhaité présenter la thérapie manuelle comme une spécificité des kinésithérapeutes qui ont étudié les techniques ostéopathiques".
Jean-Luc Sagniez, enseigne le traitement des vertiges : "En thérapie manuelle, contrairement à l'ostéopathie, nous ne voulons pas rejeter la kinésithérapie, car nous sommes avant tout des kinésithérapeutes et nous voulons le rester".
Louis Abel, enseignant : "Lorsqu'il a créé son école, Albert Bénichou s'est toujours dit très attaché à la promotion de la profession de kinésithérapeutes".
André Bénichou : "S'il fallait définir la thérapie manuelle en une phrase, je dirais qu'il s'agit de réharmoniser les équilibres des tissus. Pour déterminer ce qu'elle englobe, je citerai les différents termes qui contribuent à sa définition à savoir le holisme qui consiste à aborder le patient dans sa globalité et la récupération de l'homéostasie.
Patrick Fried : "Nous ne sommes pas là pour imposer une normalité mais nous apportons une aide pour que le corps réagisse, recherche sa normalité. Le rétablissement de la fonction permet de modifier la structure lésée, de la réharmoniser".
André Bénichou : Nous croyons en l'utilisation du mécanisme respiratoire primaire décrit par Sutherland ; ce sont les fascias et la chaîne des fascias qui participent au holisme".
"Deux qualités sont essentielles : la patience et l'humilité. À ce titre, nous sommes beaucoup plus proches du concept de l'ostéopathie découvert et décrit par Still que beaucoup d'ostéopathes."
Les ostéopathes ont une bonne image auprès du grand public car ils soulagent des gens qui souffrent et pour qui les thérapies traditionnelles ne sont d'aucun effet. Qu'en pensez-vous ?
André Bénichou : "Dans les techniques ostéopathiques, comme dans les techniques chiropractiques, l'utilisation du thrust, qui est un écartement rapide des surfaces articulaires (le fameux "crack") produit le réflexe de Sherington qui aboutit à un relâchement des tensions musculaires. Beaucoup en abusent, notamment les chiropracteurs. Répétés, ces thrusts peuvent même être nocifs. Mais si une première fois, cette pratique a soulagé, les patients, ceux-ci en redemandent et certains éprouvent même le besoin de subir un tel traitement.
Cependant, beaucoup en reviennent et s'aperçoivent qu'ils disposent maintenant de traitements qui ont une action beaucoup plus profonde et beaucoup plus durable".
Patrick Fried : "On obtient le même résultat avec la thérapie manuelle. Peut-être est-ce moins spectaculaire. Mais nos techniques sont beaucoup plus douces et leur effet est beaucoup plus durable".
Louis Abel : "Nous nous attachons en fait à restituer la fonction pour normaliser la structure".
Ceux qui pratiquent le thrust, y compris des kinésithérapeutes, ne desservent-ils pas la profession en donnant de l'eau au moulin des médecins qui prétendent que, lorsque des manipulations sont pratiquées par des kinésithérapeutes, elles provoquent des accidents ?
André Bénichou : "Effectivement, certains prétendent qu'il y a beaucoup d'accidents dus à des manipulations vertébrales réalisées par des kinésithérapeutes. Des enquêtes auprés des compagnies d'assurances font constater que la proportion d'accidents est infinitésimale. Mais ces accidents, si peu fréquents soient ils sont montés en épingle par les détracteurs de la kinésithérapie.
"Si on faisait une étude comparative entre le nombre d' accidents dus à des manipulations pratiquées par qui que ce soit - médecins et rebouteux compris - et le nombre d accidents dus à la prise d'anti-inflammatoires - qui traitent les mêmes affections - le résultat de cette comparaison ne serait certainement pas au détriment des manipulations. "Reste que si des précautions ne sont pas prises, certaines manipulations peuvent se révéles dangereuses, notamment après un traumatisme important.
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Patrick Fried : "Les manipulations qui dépassent l'amplitude anatomique, celles avec thrust, sont appelées à disparaître dans la mesure où on obtient les mêmes résultats avec un travail beaucoup plus doux. Nos pratiques sont validées par notre expérience et le retour des patients qui viennent chez nom en sachant qu'ils ne seront pas manipulés violemment".
André Bénichou : "Nous sommes tous des praticiens et ni des chercheurs, ni des statisticiens. Notre priorité c'est de soigner nos patients. Cela peut poser problème vis-à-vis des pouvoirs publics ou de l'ANAES, nous ne disposons pas de chiffres.
"Concernant le thrust, certains ont des recettes et pratiquent des traitements plutôt symptomatiques. C'est le cas notamment de beaucoup de médecins vertébrothérapeutes qui, pour traiter une lombalgie, feront systématiquement "craquer" la charnière lombo-sacrée ou le sacro-iliaque. Ce n'est pas de l'ostéopathie, cela s'apparente plus à de la chropraxie. L'ostéopathie, telle que nous la concevons, c'est essayer de retrouver la cause primaire de la douleur qui n'est pas forcément articulaire".
Louis Abel : "On parle trop souvent d'os alors que dans certaines affections, l'os est passif et ce sont les tissus qui le bloquent".
André Bénichou : "On parle souvent de vertèbre déplacée. Or, une vertèbre est faite pour être mobile et il est normal qu'elle se déplace. En fait, lorsqu'elle perd sa mobilité, c'est que les tensions tissulaires sont déséquilibrées ; c'est d'ailleurs la définition de la lésion ostéopathique. Aussi nous agissons sur les tissus pour les réharmoniser.
"Le symptôme n'est pas toujours la cause de la lésion. Nous concevons les corps de manière holistique.
"Une lombalgie pourra être provoquée chez certains par une contracture musculaire et chez d'autres par un problème de vessie, gynécologique ou intestinal. Cela peut même être en association avec d'anciennes entorses de cheville ou de genou."
"Une infection dentaire, voire n'importe quel type d'infection, gynécologique ou gastrique, va se traduire par des déséquilibres musculaires et le symptôme pourra être mécanique. Si le patient ne va pas voir son dentiste, son gunécologue ou son gastro-entérologue, nous améliorerons l'état du patient, mais nous n'aurons pas un excellent résultat. C'est pourquoi nous tenons à travailler en collaboration avec des médecins qui sont plus aptes que nous à traiter ces affections. C'est ce qui nous différencie des ostéopathes qui veulent créer une profession autonome.
Jean-Luc Sagniez : "Nous allons tenter de trouver la cause du problème et d'adapter le traitement à chaque personne afin d'éviter ces fameuses recettes".
André Bénichou : "Lorsqu'un patient vient nous voir s'il s'agit d'un problème aigu, nous allons nous attacher à le soulager, nous allons traiter les symptômes et ensuite nous le traiterons plus en profondeur. En revanche, s'il vient pour un problème chronique, nous n'allons pas tout de suite nous arrêter sur la zone doulouseuse.
"C'est là qu'intervient la notion de bilan. En période aiguë, on essaiera d'abord de soulager et le bilan sera plus dillicile à effectuer.
"S'il y a rupture ligamentaire, nous enverrons le patient consulter un chirurgien car ce n'est plus de notre compétence. Cela ne signifie pas pour autant que l'on ne pourra pas intervenir ensuite".
Vous reconnaissez donc avoir des limites.
André Bénichou : "Nous ne prétendons pas contrairement à d'autres traiter des cancers ou des cardiopathies. Nous avons nos limites dans beaucoup d'affections neurologiques notamment. Même Si nous pouvons apporter un petit plus, il ne sera qu'un petit plus".
"On peut cependant traiter des problèmes viscéraux dans la mesure où les viscères sont reliées à l'appareil locomoteur par des fascias ou des muscles. Nous pouvons ainsi agir dans le sens viscéro-somatique ou somato-viscéral.
Louis Abel : "Nous tenterons de faire récupérer au patient le maximum de mobilité, qu'elle soit articulaire, viscérale ou musculaire".
Quelle, sont les indications de la thérapie manuelle ?
André Bénichou : "Les patients viennent nous voir car ils ont un problème mécanique. Il est vrai que le même patient présente rarement une seule affection. Il peut avoir des colopathies fonctionnelles, des céphalées ou d'autres troubles associés - qui pour lui ne seront pas reliés à son problème - mais qui pourront nous aider à préciser la cause de son trouble".
Les patients reviennent-ils vous voir uniquement dans le cadre de prescriptions médicales ?
Patrick Fried : "Des médecins nous envoient des patients parce qu'ils nous connaissent et savent que nous sommes des thérapeutes manuels, mais beaucoup de patients viennent nous voir spontanément.
"Des médecins nous adressent des patients intéressés par le contexte ostéopathique et parce qu'ils savent que l'on traite nos patients en douceur.
Qu'attendez-vous de la mission interministérielle qui vient d'être mise en place ?
André Bénichou : "Nous voulons pouvoir évoluer avec un statut reconnu. L'idéal serait qu'il y ait un diplôme, une spécificité pour le kinésithérapeute.
Cela ne nous dérange pas que les médecins vertébrothérapeutes conservent les techniques avec thrust".
"On sait que les ostéopathes voudraient former des professionnels après le baccalauréat.
J'estime qu'il vaut mieux que cela soit du ressort de la formation continue des kinésithérapeutes pour que ceux-ci, grâce à la mise en pratique progressive sur leurs patients, deviennent un bon thérapeute manuel".
Propos recueillis par
Franck Gougeon
(Un article de KA Actualité n°7364
jeudi 23 septembre 1999.)
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